Allemagne : deux hommes condamnés pour des projets d’attentats visant des responsables juifs

Le tribunal supérieur de Hambourg a condamné, jeudi 15 octobre 2026, deux hommes à huit ans et demi et quatre ans et demi de prison pour des activités d’espionnage menées au profit de l’Iran et la préparation de projets d’attentats contre des responsables juifs et pro-israéliens en Allemagne.
Le principal accusé, identifié par la justice allemande comme Ali S., a écopé de huit ans et six mois de prison. Son coaccusé, Tawab M., a été condamné à quatre ans et six mois. Les deux hommes n’ont été désignés que par leur prénom et l’initiale de leur nom, conformément aux règles allemandes de protection de la vie privée.
Josef Schuster et Volker Beck parmi les personnes surveillées
Selon la décision rapportée par Reuters, par la ZDF et par la NDR, Josef Schuster, président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, figurait parmi les personnes visées par les repérages. Volker Beck, président de la Société germano-israélienne, avait lui aussi été surveillé.
Deux commerces casher de Berlin faisaient également partie des cibles recensées au cours de l’enquête. D’après les éléments retenus par la cour, les informations collectées devaient permettre de préparer des scénarios d’assassinat ou d’incendie criminel. Les juges ont toutefois condamné les accusés pour les infractions d’activité de renseignement et les faits établis au dossier : le jugement ne signifie pas qu’une tentative d’assassinat avait déjà atteint le stade de l’exécution.
Une opération attribuée aux services iraniens
Le tribunal a conclu qu’Ali S. avait été recruté et intégré à un dispositif relevant des services iraniens. Les autorités allemandes relient ce réseau à la Force al-Qods, branche extérieure du Corps des gardiens de la révolution islamique. Selon la cour, le principal accusé avait reçu des instructions afin de constituer des dossiers opérationnels sur des personnes et des lieux susceptibles d’être attaqués.
« L’Iran a tenté d’exporter la terreur en Allemagne », a résumé le président de la chambre, selon le compte rendu de la ZDF. Cette formulation engage la cour et doit être comprise comme la conclusion judiciaire rendue dans cette affaire. Téhéran rejette les accusations d’implication dans des projets d’attentats à l’étranger ; l’ambassade d’Iran n’avait pas répondu immédiatement à la demande de commentaire de Reuters lors de la publication de son article.
Un procès ouvert le 26 juin à Hambourg
La procédure s’était ouverte le 26 juin 2026 devant le Hanseatisches Oberlandesgericht. Dans son avis officiel annonçant le procès, la cour précisait que les accusations portaient sur une activité d’agent pour un service de renseignement étranger et sur la collecte d’informations détaillées concernant plusieurs cibles en Allemagne.
Les débats ont permis d’examiner les déplacements, les photographies, les repérages et les communications attribués aux deux prévenus. Le jugement du 15 octobre porte la référence 8 St 2/26, selon le cabinet représentant Volker Beck.
Une alerte majeure pour la sécurité des communautés juives
Cette décision intervient dans un contexte de vigilance accrue autour des institutions juives en Allemagne et ailleurs en Europe. Elle documente, dans un jugement national, la manière dont un service étranger peut s’appuyer sur des repérages de proximité : habitudes de déplacement, accès à un domicile, photographie d’un commerce ou identification d’un dispositif de sécurité.
Pour les responsables communautaires, l’affaire rappelle que la menace ne se limite pas aux discours de haine en ligne. Elle peut prendre la forme d’une surveillance structurée destinée à préparer une action violente. La condamnation constitue donc un signal judiciaire important, mais elle ne clôt pas encore définitivement le dossier : le verdict peut faire l’objet d’un recours.
Sources : Hanseatisches Oberlandesgericht Hamburg ; Reuters ; ZDF ; NDR.
Photo de couverture : Hanseatisches Oberlandesgericht Hamburg, Ajepbah / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0 DE.