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Culture : Barrie Kosky refuse l’« invisibilisation » des artistes juifs

Dans un entretien publié le 9 octobre, le metteur en scène Barrie Kosky dénonce la marginalisation des artistes juifs. Son spectacle K. replace Kafka, le yiddish et l’identité juive au cœur de la scène.
AM ISRAEL HAI 09 Oct 2026
Culture : Barrie Kosky refuse l’« invisibilisation » des artistes juifs

Dans un entretien publié le 9 octobre 2026 en Australie — le 8 octobre à 14 h, heure de New York — le metteur en scène australien Barrie Kosky alerte sur la place devenue plus précaire des artistes juifs dans une partie du monde culturel. L’ancien directeur de la Komische Oper Berlin affirme que des créateurs juifs sont poussés vers l’invisibilité et refuse que l’identité juive soit soumise à un tri entre « bons » et « mauvais » Juifs.

Une parole juive qui refuse les assignations

Les propos de Kosky, rapportés par The Australian, décrivent une pression politique et culturelle accrue autour des artistes juifs depuis le 7 octobre 2023. Il dénonce une logique qui demanderait aux créateurs juifs de se justifier, de se rendre invisibles ou d’adopter une position prescrite pour rester acceptables.

Kosky ne confond pas cette défense de la visibilité juive avec un soutien sans réserve au gouvernement israélien. Dans le même entretien, il critique le gouvernement de Benjamin Netanyahu et les violences commises par des extrémistes parmi les colons. Mais il trace une distinction nette entre la critique d’un gouvernement et la remise en cause de l’existence d’Israël. Cette nuance est centrale : elle permet de contester des politiques concrètes sans délégitimer un peuple, un pays ou l’identité de ceux qui y sont liés.

Son témoignage n’est pas une étude statistique sur l’antisémitisme dans le secteur culturel. C’est la prise de parole d’un artiste juif de premier plan, fondée sur son expérience du milieu et sur les tensions qu’il y observe. Sa publication constitue néanmoins un fait culturel important, parce qu’elle expose publiquement un malaise souvent évoqué par des artistes juifs : celui d’une visibilité devenue conditionnelle.

K., Kafka replacé dans sa judéité

Cette prise de position intervient alors que Kosky prépare son retour sur une scène australienne avec K., sa relecture du Procès de Franz Kafka. Le Festival d’Adélaïde a annoncé que le spectacle serait présenté au Her Majesty’s Theatre du 4 au 7 mars 2027. Il s’agira de la première œuvre théâtrale de Kosky en Australie depuis The Tell-Tale Heart en 2010.

La production, portée par le Berliner Ensemble et un groupe de musiciens en direct, mêle théâtre, danse, chant et vaudeville. Le Berliner Ensemble la présente comme un « vaudeville talmudique » autour du roman de Kafka, joué en allemand, en yiddish et en hébreu, avec une musique allant de Bach et Schumann au théâtre yiddish.

Ce choix artistique n’est pas décoratif. Le théâtre rappelle que Kafka s’est rapproché de la culture juive à travers les troupes yiddish qu’il fréquentait à Prague dès 1911. Kosky utilise cette histoire pour replacer l’auteur et son œuvre dans une dimension juive souvent atténuée dans les lectures universalisantes du Procès.

Rendre la culture juive visible

La trajectoire de Kosky donne une cohérence particulière à son alerte. Né à Melbourne, il a dirigé la Komische Oper Berlin de 2012 à 2022 et reste l’une des figures majeures de la mise en scène lyrique et théâtrale internationale. Son travail explore depuis longtemps les langues, les musiques et les mémoires juives.

Entre la parole publique de l’artiste et la mise en scène de K., le message est le même : la culture juive ne doit pas être tolérée seulement lorsqu’elle devient silencieuse, abstraite ou politiquement conforme. Elle doit pouvoir être visible, complexe et contradictoire — comme toute culture vivante.


Sources :

Photo de couverture : Jan Windszus / Komische Oper Berlin. Image officielle recadrée et adaptée.