Berlin : un accord contre l’antisémitisme débloque les pourparlers de coalition

Berlin, 8 octobre 2026. Die Linke, Bündnis 90/Die Grünen et le SPD ont annoncé l’ouverture immédiate de discussions exploratoires pour former le prochain gouvernement de la capitale allemande. Le feu vert est intervenu après la publication d’un accord commun en huit points consacré notamment à la protection de la vie juive, à la lutte contre l’antisémitisme et au rapport à Israël.
La décision a été rendue publique jeudi matin. Reuters a diffusé sa dépêche à 09 h 18 UTC et Tagesschau a actualisé son compte rendu à 16 h 44, heure de Berlin. Les trois partis précisent qu’ils entrent maintenant en « sondages » politiques : il ne s’agit donc pas encore de négociations formelles de coalition, encore moins d’un accord de gouvernement.
Le droit à l’existence d’Israël déclaré « non négociable »
Le document commun affirme que le droit à l’existence d’Israël est « non négociable ». Il condamne le massacre commis le 7 octobre 2023 par le Hamas et d’autres groupes terroristes, tout en rappelant qu’une critique des actes du gouvernement israélien ne saurait justifier des actes antisémites.
Les partis rejettent également les appels généraux au boycott et aux sanctions indistinctes visant Israël, ses institutions ou des personnes en raison de leur nationalité ou de leur appartenance — le texte cite explicitement la campagne BDS. Ils promettent de maintenir les coopérations scientifiques entre les universités berlinoises et israéliennes ainsi que les échanges avec les étudiants et les acteurs culturels juifs et israéliens.
Écoles, synagogues, universités et espace public
Les huit engagements couvrent la protection physique des institutions et communautés juives, les moyens de la police et du service de protection de la Constitution, la prévention à l’école, la formation des enseignants et l’accompagnement des étudiants juifs dans les universités. L’accord qualifie aussi d’inacceptables les exclusions et slogans tels que « No Zionists welcome » dans les bars, clubs ou autres lieux ouverts au public.
Les partenaires envisagent en outre de proposer une modification de la Constitution berlinoise afin d’y inscrire la protection contre l’antisémitisme, l’antitsiganisme, le racisme et les autres formes d’hostilité visant des groupes.
Des sanctions pouvant aller jusqu’à l’exclusion
En cas de violation de ces principes, chaque parti et chaque groupe parlementaire conservera ses propres procédures, avec des conséquences pouvant aller jusqu’à l’exclusion. Pour un incident antisémite au sein d’un groupe soutenant le gouvernement, les responsables parlementaires des trois formations pourront saisir un collège de trois experts choisis d’un commun accord dans la société civile berlinoise. Le groupe concerné décidera ensuite des sanctions selon ses statuts.
Ce mécanisme était au cœur du blocage. Le SPD et les Verts avaient exigé des garanties contraignantes avant d’ouvrir des discussions avec Die Linke, plusieurs de ses membres ayant été critiqués pour leurs positions ou leurs fréquentations liées aux mobilisations pro-palestiniennes.
Une ouverture politique, pas un blanc-seing
Die Linke est arrivée en tête de l’élection berlinoise du 20 septembre avec 25,7 % des voix, selon Reuters. Une alliance avec le SPD et les Verts pourrait lui permettre de diriger la ville pour la première fois. Les discussions commencent toutefois sous surveillance : la CDU berlinoise et la Société germano-israélienne de Berlin-Brandebourg ont jugé les garanties insuffisantes, selon Tagesschau.
L’actualité du jour réside donc autant dans le contenu du texte que dans son effet immédiat : il lève la condition préalable aux pourparlers, sans préjuger de leur réussite ni de la mise en œuvre concrète des engagements.
Sources
- Accord commun des trois partis, daté du 8 octobre 2026
- Reuters, 8 octobre 2026, 09 h 18 UTC
- Tagesschau, actualisé le 8 octobre 2026 à 16 h 44, heure de Berlin
Photo de couverture : Landesarchiv Berlin / Thomas Platow, via l’Abgeordnetenhaus de Berlin. La photographie de la Nouvelle Synagogue utilisée dans le carrousel est d’Ansgar Koreng, sous licence CC BY 3.0 DE.