Cable Street, 90 ans après : Londres célèbre la résistance et la culture juives

Quatre-vingt-dix ans après la bataille de Cable Street, l’East End de Londres transforme un anniversaire de résistance au fascisme en onze jours de culture juive, de mémoire et de solidarité. Le festival Cable Street 90 s’ouvre ce jeudi 1er octobre et se poursuivra jusqu’au 11 octobre.
Organisé par le Board of Deputies of British Jews, le programme mêle concerts, projections, théâtre, promenades historiques, discussions et activités familiales. L’objectif n’est pas seulement de commémorer un affrontement de 1936, mais de raconter la vie juive de l’East End et la portée contemporaine de cette mobilisation.
Le jour où l’East End a dit non
Le 4 octobre 1936, l’organisation fasciste d’Oswald Mosley projetait de défiler dans un quartier londonien comptant une importante population juive. Des dizaines de milliers d’habitants, de travailleurs, de syndicalistes, de socialistes et d’antifascistes bloquèrent les rues et empêchèrent la marche de traverser Cable Street.
L’événement est devenu un symbole de défense collective face à l’intimidation antisémite. Sa mémoire reste toutefois complexe : les acteurs, organisations et motivations étaient multiples, et l’histoire ne doit pas être réduite à une seule communauté. Le festival assume cette pluralité tout en mettant en avant la place centrale des Juifs de l’East End.
Musique, patrimoine et transmission
Le groupe londonien Oi Va Voi ouvre la programmation avec un concert associant musique klezmer, rythmes contemporains et récits d’identité. Le Jewish Chronicle rappelle que ses membres ont grandi avec les histoires transmises par leurs parents et grands-parents sur Cable Street.
Le programme comprend aussi une installation vidéo projetée sur Toynbee Hall, des visites en taxi noir consacrées au passé juif de Whitechapel, Spitalfields et Brick Lane, ainsi qu’une projection du documentaire Jews Defending Jews suivie d’un échange avec le Community Security Trust.
Le 11 octobre, la synagogue Sandys Row, plus ancienne synagogue ashkénaze encore en activité à Londres, ouvrira ses portes autour de 150 ans de vie juive dans le quartier. Une projection du film de Steven Berkoff They Shall Not Pass et une conversation réunissant Tracy-Ann Oberman, Howard Jacobson, Brigid Larmour et Trevor Phillips compléteront la programmation.
Une mémoire redevenue urgente
Les organisateurs relient explicitement cet anniversaire à la hausse actuelle de l’antisémitisme au Royaume-Uni. Pour eux, célébrer Cable Street signifie rappeler qu’une communauté menacée n’est pas condamnée à l’isolement et que la solidarité peut devenir une force politique, culturelle et humaine.
Le festival choisit aussi la joie : musique, théâtre, transmission familiale et découverte du patrimoine. Cette orientation évite de réduire l’histoire juive britannique à la persécution. Cable Street devient ainsi un point de départ pour parler de résistance, mais aussi de créativité, d’appartenance et de continuité.
Sources : Board of Deputies of British Jews, Jewish Chronicle. Visuel éditorial illustratif conçu par Am Israel Hai ; il ne représente pas une scène documentaire.