Élections en Israël : la Cour réintègre les listes arabes, Abu Shehadeh se retire
La Cour suprême annule l’exclusion de Ra’am et de la Liste unie, autorise Ofer Cassif par sept voix contre deux et prend acte du retrait de Sami Abu Shehadeh avant le scrutin du 27 octobre.

La Cour suprême israélienne a profondément remanié, vendredi 2 octobre 2026, les décisions d’exclusion prises par la Commission électorale centrale avant le scrutin du 27 octobre. Les juges ont rétabli la participation de Ra’am et de la Liste unie, tout en autorisant le député Ofer Cassif à se présenter. Sami Abu Shehadeh, chef de Balad, a quant à lui retiré sa candidature après que les juges ont indiqué qu’une majorité semblait disposée à confirmer sa disqualification.
Ra’am et la Liste unie réintégrées à l’unanimité
Un collège élargi de neuf juges a annulé à l’unanimité les décisions de la Commission électorale qui avaient écarté Ra’am et la Liste unie. Selon le résumé de la décision rapporté par les médias israéliens, les éléments produits n’atteignaient pas le seuil particulièrement élevé exigé pour exclure une liste entière d’une élection.
Ce seuil découle de l’article 7A de la Loi fondamentale sur la Knesset. La jurisprudence israélienne exige une accumulation de preuves suffisamment claire et importante avant de priver une liste ou un candidat du droit de participer au scrutin.
Ofer Cassif autorisé par sept voix contre deux
La Cour a également refusé, par sept voix contre deux, d’approuver la disqualification d’Ofer Cassif. Les juges ont exprimé une forte désapprobation envers plusieurs de ses prises de position, mais la majorité a estimé que le dossier ne réunissait pas la « masse critique » de preuves requise par la loi.
Les juges David Mintz et Alex Stein ont voté en faveur de son exclusion, considérant que ses actes et déclarations pouvaient relever du soutien à la lutte armée. Cette appréciation n’a pas été suivie par la majorité.
Sami Abu Shehadeh se retire avant une décision motivée
Le cas de Sami Abu Shehadeh a suivi une trajectoire différente. La procédure portait notamment sur un article publié après le massacre du 7 octobre 2023, dans lequel il qualifiait l’attaque du Hamas d’événement historique important sur plusieurs plans. Abu Shehadeh a contesté l’interprétation selon laquelle ce texte constituait un soutien au massacre ; devant la Cour, il a affirmé s’opposer aux atrocités et dit regretter un article rédigé sous pression.
À l’issue de l’audience, le président de la Cour suprême, Isaac Amit, a indiqué qu’une majorité des juges semblait prête à confirmer sa disqualification. Les juges lui ont recommandé d’examiner la possibilité de retirer sa candidature. Balad a finalement annoncé son retrait, ce qui a rendu la procédure sans objet : la Cour n’a donc pas rendu de décision motivée définitive sur son éligibilité.
Deux lectures politiques opposées
Itamar Ben-Gvir a présenté le retrait comme une victoire contre ceux qu’il accuse de soutenir le terrorisme. De son côté, Abu Shehadeh a déclaré à Reuters que cette issue démontrait, selon lui, l’existence de standards différents pour les responsables politiques juifs et arabes.
Adalah, qui représentait les partis et candidats concernés, a salué la réintégration des listes et de Cassif, mais a dénoncé le retrait d’Abu Shehadeh comme une pression injuste sur la représentation politique arabe. Ces réactions sont des positions politiques et juridiques attribuées à leurs auteurs ; elles ne constituent pas les conclusions de la Cour.
Ce que cela change pour le scrutin du 27 octobre
La décision maintient dans la course les principales listes représentant les citoyens arabes d’Israël et clarifie le bulletin à moins d’un mois de l’élection. Abu Shehadeh reste chef de Balad mais ne figurera pas parmi les candidats. L’enjeu dépasse sa candidature personnelle : l’affaire relance le débat sur la frontière entre liberté d’expression politique, rejet du terrorisme et conditions juridiques permettant d’exclure un candidat.
La campagne entre désormais dans ses dernières semaines avec un paysage électoral stabilisé sur le plan formel, mais avec des tensions toujours fortes sur la participation politique arabe et l’interprétation des propos tenus après le 7-Octobre.
Crédits visuels : portrait de Sami Abu Shehadeh par Amir Deeb / porte-parole de la Liste unie, CC BY-SA 4.0 ; Cour suprême d’Israël, CC BY 2.0 ; Knesset de jour, Ori~, CC BY-SA 4.0 ; Knesset illuminée, Adiel lo, CC BY-SA 3.0. Compositions graphiques : Am Israel Hai.