Gaza : l’UNICEF alerte sur des progrès nutritionnels encore fragiles
L’UNICEF avertit que les progrès contre la malnutrition aiguë à Gaza restent réversibles. Son enquête de juin montre aussi un retard de croissance chez environ un enfant sur huit dans les zones accessibles.

Genève / Gaza, 16 octobre 2026. L’UNICEF a averti vendredi que les progrès observés contre la malnutrition aiguë dans les zones accessibles de la bande de Gaza restent fragiles. L’agence estime qu’une interruption des approvisionnements commerciaux ou humanitaires pourrait rapidement dégrader la situation, alors que la population reste massivement déplacée et dépendante de l’aide.
Cette alerte est publiée au moment où les entrées de marchandises commerciales par un canal coordonné avec Israël ont été interrompues. L’UNICEF demande que les flux de nourriture, de produits nutritionnels et de biens essentiels restent prévisibles et continus.
Ce que mesure réellement l’enquête
Le rapport Gaza SMART Survey 2026, préparé par l’UNICEF État de Palestine avec le Nutrition Cluster, Action contre la Faim et un groupe technique local, repose sur des données recueillies entre le 31 mai et le 15 juin 2026. Il s’agit donc d’une photographie de juin, et non d’une mesure prise aujourd’hui.
L’enquête a couvert environ 83 % de la population estimée de Gaza. Quelque 17 %, soit environ 358 000 personnes, avaient été exclus du plan d’échantillonnage avant la sélection des groupes en raison de contraintes d’accès et de sécurité. Au total, 2 089 ménages ont participé et 1 335 enfants ont fait l’objet d’une évaluation anthropométrique complète.
Une malnutrition aiguë contenue dans les zones accessibles
Dans la population couverte, la prévalence de la malnutrition aiguë globale mesurée par le rapport poids-taille était estimée à 0,5 %. L’indicateur combiné, qui ajoute le périmètre brachial et les œdèmes, atteignait 1,3 %. Ces niveaux se situaient sous les seuils d’urgence internationaux pendant la période de l’enquête.
Le rapport insiste toutefois sur un point essentiel : ces résultats ne signifient pas que la vulnérabilité nutritionnelle a disparu. La malnutrition aiguë réagit relativement vite aux variations de l’apport alimentaire, des maladies et de l’aide. Elle ne résume ni la qualité du régime alimentaire, ni les dommages accumulés, ni la situation des zones restées hors d’atteinte.
Un enfant sur huit touché par un retard de croissance
Le signal le plus préoccupant concerne la malnutrition chronique. L’analyse pondérée estime que 12,2 % des enfants de moins de cinq ans dans la population accessible présentaient un retard de croissance, soit environ un enfant sur huit. Ce marqueur reflète des privations prolongées et ne peut pas être corrigé aussi rapidement que la perte de poids récente.
La qualité de l’alimentation demeure également insuffisante. Parmi les enfants âgés de 6 à 23 mois, seuls 30,3 % avaient consommé des aliments appartenant à au moins cinq groupes au cours de la veille. À peine 22,4 % atteignaient le régime minimum acceptable, qui combine diversité et fréquence des repas. Le rapport note aussi que 73 % avaient consommé des aliments jugés malsains et que 52,7 % n’avaient mangé ni fruit ni légume la veille.
Pourquoi l’alerte intervient maintenant
Le 15 octobre, le COGAT, organisme israélien chargé de la coordination des affaires civiles dans les territoires palestiniens, a déclaré que les commerçants de Gaza avaient cessé de coordonner l’entrée de marchandises en raison de prélèvements imposés par le Hamas. Des représentants de transporteurs palestiniens ont contesté cette version et accusé Israël d’avoir restreint les entrées. Reuters et l’Associated Press ont rapporté ces deux récits contradictoires.
Les convois humanitaires ont continué à entrer, de même que certaines cargaisons commerciales venues d’Égypte, selon des responsables cités par Reuters. Mais l’arrêt d’un canal commercial important réduit l’offre disponible, notamment pour les aliments périssables. C’est ce lien entre continuité des flux et stabilité nutritionnelle que l’UNICEF met en avant vendredi.
Ce qu’il faut surveiller
Trois éléments seront déterminants : la reprise ou non des flux commerciaux coordonnés, le volume réel des convois humanitaires et l’accès aux zones qui n’avaient pas pu être incluses dans l’enquête de juin. L’UNICEF souligne par ailleurs qu’environ 800 000 enfants restent déplacés, beaucoup vivant sous tente ou dans des bâtiments jugés dangereux à l’approche de l’hiver.
Conclusion : les chiffres de juin décrivent une baisse de la malnutrition aiguë dans les zones accessibles, mais ils montrent aussi une vulnérabilité chronique profonde. La nouvelle alerte de l’UNICEF ne présente pas une crise révolue : elle avertit que l’amélioration dépend d’approvisionnements réguliers et d’un accès plus large.
Sources : UNICEF — Gaza SMART Survey 2026 ; Reuters, 16 octobre 2026 ; Reuters, 15 octobre 2026 ; Associated Press, 15 octobre 2026.
Visuel éditorial illustratif généré. Il ne représente pas une scène précise documentée à Gaza.