Harvard : l’appel sur 2,6 milliards de dollars place l’antisémitisme universitaire au cœur du débat

La bataille entre l’administration Trump et Harvard sur plus de 2,6 milliards de dollars de financements fédéraux a franchi une nouvelle étape lundi 5 octobre 2026. À Boston, la cour d’appel fédérale du premier circuit a entendu les arguments des deux camps dans l’affaire President and Fellows of Harvard College v. US Department of Health and Human Services, dossier n° 25-2230. L’audience était annoncée à 9 h 30, heure de l’Est (13 h 30 UTC). La cour n’a pas rendu de décision immédiate.
Un appel confirmé par le registre officiel
Le registre officiel des plaidoiries du premier circuit confirme que l’affaire Harvard a été plaidée le 5 octobre. L’administration fédérale cherche à renverser une décision de la juge Allison Burroughs qui avait rétabli plus de 2,6 milliards de dollars de crédits de recherche supprimés par Washington.
Selon Associated Press, le ministère de la Justice a soutenu que la juge de première instance n’avait pas le pouvoir d’ordonner le versement de ces fonds. Le gouvernement estime que le litige relève avant tout d’un différend financier devant être porté devant la Cour fédérale des réclamations.
L’antisémitisme au centre du bras de fer
L’administration a lié les suppressions de crédits à ce qu’elle décrit comme l’insuffisance de la réponse de Harvard à l’antisémitisme sur le campus. D’après Reuters, l’avocat du ministère de la Justice Michael Velchik a affirmé que le gouvernement devait pouvoir décider si les mesures prises par l’université étaient suffisantes.
Harvard conteste cette présentation. Représentée notamment par l’ancien solicitor general Paul Clement, l’université soutient que les coupes constituaient une mesure de rétorsion illégale après son refus d’accepter une série de changements exigés par l’exécutif dans sa gouvernance, ses admissions et ses politiques universitaires.
La juge de circuit Sandra Lynch a questionné l’existence de constatations factuelles et d’une enquête préalable avant la décision de couper les crédits, rapportent AP et Reuters. Ce point ne tranche pas l’issue de l’appel, mais il illustre le conflit central : lutte contre l’antisémitisme, respect des procédures et limites du pouvoir fédéral sur les universités se trouvent désormais entremêlés.
Pourquoi l’affaire dépasse Harvard
La décision à venir pourrait préciser jusqu’où Washington peut utiliser les financements de recherche pour imposer des changements à une université accusée de ne pas protéger suffisamment ses étudiants juifs. Elle devra aussi répondre à une question de compétence : un tribunal fédéral de district peut-il ordonner le rétablissement de subventions, ou les contestations de ce type doivent-elles être limitées à une juridiction spécialisée dans les réclamations financières ?
Pour les étudiants juifs et les organisations qui documentent l’antisémitisme universitaire, l’enjeu est double. Les établissements doivent répondre concrètement aux actes antisémites, mais les accusations doivent aussi être étayées par des procédures et des faits vérifiables. La cour n’a annoncé aucun calendrier précis pour sa décision.
Visuel éditorial illustratif. Il ne représente pas l’audience du 5 octobre.