Royaume-Uni : Londres attribue à l’Iran un projet contre RAF Fairford, 32 pays réagissent

Londres a franchi un nouveau seuil dans ses accusations contre Téhéran. Le lundi 12 octobre 2026, devant la Chambre des communes, le Premier ministre britannique Andy Burnham a déclaré que le projet présumé visant la base aérienne de RAF Fairford avait été « très probablement » coordonné depuis l’Iran et « presque certainement » dirigé par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Cette attribution officielle concerne l’incident du 27 septembre autour de RAF Fairford, dans le Gloucestershire. Cette base de la Royal Air Force accueille régulièrement des appareils américains et avait été utilisée par des bombardiers des États-Unis lors de frappes contre l’Iran.
Sept arrestations, mais aucune inculpation
Sept hommes ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête. Tous ont depuis été libérés sous caution et, à ce stade, aucune inculpation n’a été prononcée. La police britannique a indiqué avoir retrouvé de l’essence dans trois véhicules saisis, mais aucun explosif viable.
La ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a déclaré au Parlement qu’un individu connu, basé en Iran et non identifié publiquement, était soupçonné d’être à l’origine de l’opération. Le gouvernement présente donc une évaluation de renseignement et de sécurité ; les responsabilités pénales individuelles restent, elles, à établir par l’enquête et la justice.
Une déclaration commune de 32 gouvernements
Le même jour, les ministres des Affaires étrangères de 32 pays — dont la France, les États-Unis, le Canada, l’Allemagne, l’Italie, l’Australie et le Royaume-Uni — ont publié une déclaration commune condamnant l’utilisation par l’Iran d’attaques violentes, de projets meurtriers, d’incendies criminels, d’actes de sabotage, de cyberattaques et d’autres opérations hybrides.
Le texte reconnaît explicitement l’attribution britannique concernant RAF Fairford et affirme que l’épisode illustrerait la volonté persistante du CGRI de projeter des activités hostiles au-delà des frontières iraniennes, par l’intermédiaire de réseaux clandestins et d’acteurs mandatés.
La déclaration cite également une récente campagne d’attaques en Europe revendiquée par Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya (HAYI). Parmi les cibles mentionnées figurent des communautés juives, des journalistes iraniens et des intérêts américains. Les 32 gouvernements promettent de renforcer la coordination internationale, d’identifier les réseaux concernés et de poursuivre les responsables.
L’Iran nie toute implication
Téhéran rejette les accusations britanniques. L’ambassadeur d’Iran au Royaume-Uni, Seyed Ali Mousavi, a déclaré que son pays n’avait joué aucun rôle dans l’affaire et a demandé à Londres de présenter les documents ou preuves étayant son attribution.
Andy Burnham a, de son côté, promis de cibler les réseaux criminels utilisés par l’Iran, leurs circuits de financement et les capacités du CGRI. Washington avait déjà retiré ses bombardiers B-1 de RAF Fairford après avoir invoqué une menace liée à l’Iran.
Ce qui est établi — et ce qui reste à prouver
À ce stade, deux niveaux doivent être distingués. L’attribution étatique formulée par le gouvernement britannique et soutenue politiquement par 31 autres pays est désormais publique. Mais l’enquête criminelle n’a encore conduit à aucune inculpation, et les éléments détaillés qui fondent l’évaluation du renseignement n’ont pas été rendus publics.
L’affaire élargit néanmoins le débat au-delà de la protection des installations militaires : la référence explicite aux communautés juives dans la déclaration internationale souligne que les réseaux clandestins et les opérations par procuration sont aussi considérés comme une menace directe pour des civils et des institutions communautaires en Europe.
Mise à jour du 13 octobre : le MI5 décrit un changement majeur
Dans son bilan annuel publié mardi 13 octobre, le directeur général du MI5, Ken McCallum, a déclaré que les opérations liées à l’Iran avaient conduit à plus de cinquante arrestations au Royaume-Uni au cours des douze derniers mois. Il a affirmé qu’une part importante de cette activité avait visé les communautés juives britanniques, citant notamment des projets présumés contre la communauté juive de Manchester et une vague d’incendies et de sabotages contre des ambulances, des synagogues et des entreprises.
McCallum a également décrit comme une évolution majeure la volonté attribuée à l’Iran de viser des objectifs plus difficiles, notamment des sites militaires. L’Associated Press rapporte qu’il considère l’affaire de RAF Fairford comme non isolée, tout en précisant que les enquêtes en cours limitent les informations pouvant être rendues publiques.
Le MI5 indique désormais consacrer davantage de ressources aux menaces étatiques qu’au plus fort de la guerre froide. Ces nouvelles déclarations renforcent la portée sécuritaire du dossier, mais ne modifient pas son cadre judiciaire : aucune personne n’a encore été inculpée dans l’enquête Fairford.
Sources de la mise à jour : discours annuel du directeur général du MI5, 13 octobre 2026 ; Associated Press, 13 octobre 2026 ; Reuters, 13 octobre 2026.
Sources
- Déclaration du Premier ministre britannique à la Chambre des communes, 12 octobre 2026
- Déclaration commune de 32 gouvernements sur l’Iran, 12 octobre 2026
- Reuters, 12 octobre 2026
- Associated Press, 12 octobre 2026
Visuel : montage éditorial à partir de photographies d’archives de RAF Fairford par Tech. Sgt. Robert M. Trujillo et Senior Airman Adam Enbal / U.S. Air Force, via DVIDS, domaine public. Ces images ne montrent pas l’incident du 27 septembre.